GAZ DE SCHISTE : DALLAS EN ISERE ?
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En Isère, 4 permis de recherches, forages avec fracturation, extraction de gaz de schiste, sont en cours d’instruction par le gouvernement, dont certains concernent jusqu’à la région urbaine grenobloise.

Le risque est grand que le gouvernement prenne des arrêtés d’autorisation dans les semaines qui viennent, comme « golden gift » à ses amies multinationales américaines.

Les écologistes révèlent aujourd’hui les cartes détaillées et le contenu révélateur des dossiers des spéculateurs pétroliers nord-américains en Isère.

Ces documents (cf. pièces jointes) ont été obtenus grâce à la saisine par Raymond Avrillier de la Commission d’Accès aux Documents Administratifs (cf. CADA, 6 octobre 2011, Avrillier c/ Premier ministre, avis n°20113794), le gouvernement et le Préfet n’ayant donné aucune suite à notre demande publique de transparence et d’information en septembre dernier.

Les habitants, les associations et les assemblées territoriales sont appelées à renforcer leurs interventions et leurs délibérations pour s’opposer à cette nouvelle colonisation par l’argent. C’est pour cela qu’aujourd’hui Thomas Cutuil, notre secrétaire départemental, écrit à l’ensemble des Maires de l’Isère pour les inviter à s’emparer de ce qui nous regarde avant que les spéculateurs l’aient emporté avant la fin de ce gouvernement.

 

Quels sont les territoires concernés? Qui sont les prospecteurs?

La conférence de presse a lieu à Voreppe, car les demandes de permis concernent jusqu’à la région urbaine grenobloise, jusqu’à Veurey, Voreppe, Mont-Saint-Martin, Pommiers-la-Placette… La plus grande partie du département de l’Isère, à l’Est et au Nord, est convoitée.

 

1. La demande de permis « Valence » déposée le 23 décembre 2009 couvre une superficie de 5 801 km2 environ porte sur les départements de l’Isère (38), de l’Ain (01), de l’Ardèche (07), de la Drôme (26),  du Rhône (69) et de la Savoie (73).

Le demandeur est la société 3LEGS OIL & GAS PLC (Private Limited Company, « société anonyme »), société à responsabilité limitée incorporée dans le paradis fiscal de l’Ile de Man, filiale à 100% de 3LEGS RESOURCES PLC, société anonyme également domiciliée dans le paradis fiscal de l’Ile de Man.

 

2. La demande de permis « Montfalcon » déposée le 4 novembre 2010 couvre une superficie  couvre une superficie d’environ 5 792 km2 portant sur les départements de l’Isère (38), de l’Ain (01), du Rhône (69), de la Drôme (26), de l’Ardéche (07), et de la Savoie (73).

Le demandeur est la société BNK France SAS, Société par actions simplifiée au capital de un euro, qui est une filiale de BNK Petroleum (US) Inc. immatriculée au Canada et ayant son siège en Californie (USA).

 

3. La demande de permis « Lyon-Annecy » déposée le 15 janvier 2009 couvre une superficie totale d’environ 3 800 km2 portant les départements de l’Isère (38), de l’Ain (01), du Rhône (69), de la Savoie (73), et de la Haute-Savoie (74). Sont concernés les lacs du Bourget, d’Annecy et du Léman ainsi que de nombreuses zones de cours d’eau et aquifères.

Le demandeur est la société Schuepbach Energy LLC (Limited Liability Company), société au capital initial de 5.2 Million $ dont le siège social est à Delaware (USA).

 

4. La demande de permis « Blyes » déposée le 20 avril 2010 couvre superficie est de 3 283 km2 environ portant sur les départements de l’Isère (38), de l’Ain (01), du Rhône (69) et de la Savoie (73).

Le demandeur est la société REALM ENERGY INTERNATIONAL CORPORATION, société à responsabilité limitée de droit canadien, dont le siège européen est à Londres (Royaume Uni), qui vient d’être rachetée par la société San Leon Energy PLC (Private Limited Company, « société anonyme ») dont le siège est à Dublin (Ireland) pour ses avantages fiscaux.

 

Quels sont les impacts ?

Les contenus des dossiers et des notices d’impact que nous mettons aujourd’hui à la disposition du public sont pour certains particulièrement bâclés.

Les notices d’impact comportent :

–         16 pages pour le permis de « Valence » ;

–         24 pages pour le permis de « Montfalcon » ;

–         48 pages pour le permis de « Lyon-Annecy » ;

–         18 pages pour le permis de « Blyes ».

 

Des contenus comportent des attaques injurieuses et diffamatoires contre un ministre écologiste et des prises de position réactionnaires, d’ailleurs étrangères au dossier, comme par exemple ces phrases reprise dans les dossiers « Valence » et « Blyes » :

–         « Pendant de nombreuses années, l’idée avait germé de relier le Rhône au Rhin par un canal navigable, mettant ainsi la Mer du Nord en communication avec la Mer Méditerranée, jusqu’au jour où ce projet a été sabordé par un décret ministériel pris par un ministre incompétent qui ne trouva rien de mieux que de lotir les terrains alloués au passage du canal pour en empêcher le creusement futur. »

–        « La commune [de Chambéry] fait partie des nombreuses villes refusant actuellement l’application du service minimum à l’école lors des jours de grève de la fonction publique. Les Américains ont une expression pour qualifier cette chose qui peut se traduire en français par « se tirer une balle dans le pied » ».

 

Les contenus de ces notices d’impact font, pour trois d’entre elles, complètement l’impasse sur les champs de captage, les aquifères et les ressources en eau, et se contentent de renvoyer à plus tard, « forage » par « forage », les études d’impact. Certaines notices d’impact font même l’impasse sur les zones réservées par le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des eaux (SDAGE), les parcs naturels régionaux, les zones Natura 2000, ZNIEFF etc…

 

Quels sont les travaux envisagés ?

 

La partie de ces dossiers concernant les procédés est gardée secrète par le préfet de l’Isère, le préfet de Région, et le ministre de l’écologie (M. Fillon, le poste étant vacant depuis que Mme Kosciusko-Morizet est devenue porte parole de M. Sarkozy).

 

Néanmoins, à partir des notices d’impact, il apparaît que ces 4 dossiers portent sur l’exploration, le forage et l’exploitation par fracturation.

 

Rappelons en quoi cela consiste. La fracturation hydraulique consiste à provoquer un grand nombre de micro-fractures dans la roche contenant le gaz, permettant à celui-ci de se déplacer jusqu’au puits afin d’être récupéré en surface. La fracturation est obtenue par l’injection d’eau à haute pression dans la formation géologique (de 2 000 m à plus de 5 000 m en profondeur) avec des additifs qui sont :

– du sable qui va s’insinuer dans les micro-fractures et empêcher qu’elles se referment ;

– des lubrifiants qui favoriseront la pénétration du sable dans les micro-fractures ouvertes par la pression de l’eau ;

– des détergents qui augmentent la désorption du gaz et donc la productivité des puits ;

– des biocides destinés à réduire la prolifération bactérienne dans le fluide et dans le puits ;

Cette technique peut entraîner des fuites importantes de gaz dans l’environnement, et des contaminations de nappes phréatiques superficielles par du gaz et des fluides de fracturation en raison d’un défaut de cimentation de la partie supérieure du forage.

 

Qu’ont dit les autorités environnementales ?

 

La direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) Rhône-Alpes

1- Demande de permis de « Valence » : « au vu des enjeux majeurs de protection de la ressource en eau : risque de contamination des nappes phréatiques et usage excessif de la ressource, et de la qualité de l’air : rejets de divers polluants dont le dioxyde de carbone, le principe de précaution conduit la DREAL Rhône-Alpes à conclure à un avis défavorable sur la demande de permis exclusif de recherches sollicitée par la société 3LEGS OIL & GAS PLC ».

2- Demande permis de « Montfalcon » : « le présent dossier de demande de permis exclusif de recherches de Montfalcon peut être considéré comme complet et recevable »

3- Demande de permis de « Lyon-Annecy » : « il apparait qu’une suite favorable peut être donnée à cette demande », après avoir écrit : « on peut néanmoins noter que le présent dossier de demande de permis exclusif de recherche ne décrit les enjeux liés aux milieux naturels que de façon très superficielle », « la notice d’impact n’aborde pas la question des eaux souterraines qui est pourtant majeure sur le périmètre sollicité. De nombreux aquifères, notamment la nappe d’accompagnement du Rhöne, sont présents sur ce périmètre. D’autre part, il n’est pas fait référence au schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) du bassin Rhône-Méditerranée. », « le dossier de demande de permis exclusif de recherches ne permettant pas d’identifier de façon proportionnée les enjeux liés au patrimoine naturel, la déclaration d’ouverture de travaux miniers fera l’objet d’une attention particulière afin que l’ensemble des enjeux soit correctement évalué ».

4- Demande de permis « Blyes » : « le dossier de permis exclusif de recherches de Blyes peut être considéré comme  complet et recevable ».

 

Avec Thomas Cutuil (secrétaire départemental), Raymond Avrillier (maire adjoint honoraire de Grenoble), Michèle Bonneton (candidate du PS et d’EELV sur la 9ème circonscription), Catherine Brette (conseillère générale) & Yann Mongaburu (porte parole départemental)

Conférence de presse Gaz de schiste shémas 1

Carte_permis_gaz de schiste_sudest

Carte demande permis schiste Valence

Carte demande permis schiste Montfalcon

Carte demande permis schiste Lyon-Annecy

Carte demande permis schiste Blyes

111102_Réponse Ministre Avrillier gaz de schiste

110906_Réponse d’attente Premier ministre schiste

111006_CADA avis 20113794 Avrillier gaz de schiste

4 réflexions au sujet de “GAZ DE SCHISTE : DALLAS EN ISERE ?

  1. Je considère comme une chance inespérée pour notre région d’avoir des réserves potentielles de méthane. J’espère que les élus verts n’insulteront pas l’avenir en admettant que s’il faut s’assurer qu’il n’ y aura pas de dommages importants à l’environnement avant d’exploiter, on peut effectuer des tests visant à prouver que cette ressource existe réellement.

    Les risques présentés chez nous par le gaz de schiste sont infimes par rapport aux bénéfices qu’en tireront les communes, les habitants et l’emploi de notre région.

    Certes n’importe quel sondage profond présente un risque d’éruption mais la probabilité est infiniment petite compte-tenu du nombre de sondages et même dans le pire des cas (golfe du Mexique) on a su arrêter l’éruption.

    Si la ressource existe , on l’exploitera un jour , peut-être à la faveur d’une avancée technologique, est-ce cela que craignent les Verts? Ou s’agit-il de propagande électorale?

    N’oublions pas que le méthane local serait un complément indispensable et valoriserait les sources d’énergies intermittentes dont nous pourrions nous doter.

    1. Bonjour,

      Des éléments de réponses à vos interrogations et au positionnement des écologistes sur ce dossier :

      1) Nous ne maitrisons pas les risques : la prospection utilise la fracturation hydraulique, seule technique connue à ce jour et qui génère des risques majeurs de pollution des nappes phréatiques.
      2) Les gaz de schistes émettent autant de CO2 que le charbon, et ne sont donc pas compatible avec la lutte contre le réchauffement climatique.
      3) Les gaz de schistes nécessitent des dizaines de millions d’euros d’investissements dans chaque zone de forage. Cet argent pourrait être employé bien plus efficacement.
      4) Enfin les gaz de schistes sont inutiles: il existe des alternatives moins couteuses, plus respectueuses de l’environnement et créant plus d’emploi: biogaz, filières bois, économies d’énergies.

  2. Bonjour, et bienvenus dans le combat démarré il y a une année.

    Concernant les travaux envisagés, c’est en effet le « blackout », ce qui ne permet pas de connaître avec précisions les communes « ciblées » par les pétitionnaires de ces permis. Toutefois, il semble que le code minier actuel soit ainsi (mal) fait qu’il ne requiert pas des pétitionnaires la communication précise des lieux ou les travaux sont envisagés (avant que le permis ne soit accordé)pour la raison suivante: Un PERH est octroyé sur une périmètre parfois extrêmement étendu donnant droit au titulaire d’envisager des recherches géologiques(dans un premier temps non agressives)lesquelles permettent d’affiner la probabilité de l’existence de gisements d’hydrocarbures. Le choix des localités où sont ensuite envisagés des travaux de sondage et / ou forage est communiqué à l’administration alors même que le permis de recherche est en cours. Les travaux ont (très malheureusement) un régime déclaratif, c’est pourquoi tant que le code minier ne sera pas révisé, la vigilance des citoyens et des élus doit être extrême : Consultation du recueil des actes administratifs, vérification des affichages en mairie etc.
    L’ALERTE doit également être donnée lorsque le représentant d’une compagnie de recherche approche une municipalité ou des habitants afin de discuter de convention d’occupation de terrain. Dans ce cas nous ALERTER, ne rien signer. Un système de veille existe: Envoyer un message sur le site http://stopgazdeschiste.org/ ou contacter le collectif le plus proche.
    Deux petites remarques par rapport au positionnement que vous mentionnez:
    1. sur la comparaison Charbon / Méthane. Les gaz de schiste émettent beaucoup plus de GES que le charbon et non pas de CO2.
    2. L’eau: Au delà des risques de pollution et de contamination des nappes phréatiques, il convient de rappeler que les QUANTITES d’eau pour la réalisation des forages sont astronomiques. 20 Million de litres pour une seule fracturation (et même dans les forages visant des gisements dits conventionnels les quantités sont énormes). De l’eau qui commence à manquer pour sortir à grands frais du gaz qui sera toujours plus cher et émetteur de gaz à effet de serre, est-ce ça que nous voulons ? !
    3. Pour finir car c’est essentiel: Il n’existe pas de filière de traitement des effluents de forage. Les titulaires des permis existant restent évasifs et répondent : « Sous traitante à une entreprise locale » … (laquelle n’existe pas).
    Bien à vous.

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