Le Collet d’Allevard s’assied sur son patrimoine naturel
Au cours du mois de septembre, des travaux d’une ampleur certaine ont débuté à la station du collet d’Allevard. Rapidement ficelés par une procédure « UTN » (« Unité Touristiques Nouvelles », voir code de l’environnement) suffisamment permissive pour rendre juge et partie les stations porteuses de « menus travaux », les travaux en question ne consistent pas, comme on aurait pu s’y attendre, en le simple remplacement du télésiège des Plagnes. Remplacement justifié par le déraillement de l’appareil en 2009 et sa vétusté certaine.
Non, car le Collet se voit un avenir plus grand et embrasse donc avec droiture et emphase les mœurs pour le moins discutables de ses grandes sœurs. Comme celle, bien connue, de s’asseoir nonchalamment sur son patrimoine naturel.
La cible ? La combe encore vierge du vallon du Clapier. Zone d’hivernage de la grande faune et du très fragile et menacé Tétras-Lyre (ou « petit coq de bruyère »), perchée en partie supérieure de la belle et riche forêt domaniale de Saint-Hugon et abritant zone humide et petits trésors de faune et de flore (Cf. avis de l’autorité environnementale du 3/06/2010), cette zone de tranquillité va désormais devenir le joyeux terrain de jeu des foules en spatules.
Exit le dérangement du Tétras, qu’un seul passage de skieur peut suffire à faire passer de vie à trépas. Out la zone humide du col de l’Occiput et ses espèces rares. Oublié le calme monastique de la forêt de Saint-Hugon. Place à l’ivresse de la glisse sans contrainte…
Déficit de rentabilité économique, présence de la tourbière et du périmètre de protection de captage du lac du Collet. Tels sont les arguments invoqués par la régie pour tuer dans l’œuf l’éventualité d’une reconstruction à l’identique. Or l’inventaire des tourbières ne revêt à l’heure actuelle aucun caractère contraignant et le périmètre de protection rapproché n’interdit que les activités génératrices de pollutions nuisibles au captage. Nuisances qu’une reconstruction à l’identique est bien peu susceptible d’accentuer par rapport à la situation actuelle. Quant-à la rentabilité économique évoquée, nul ne saurait s’avancer à ce sujet tant les perspectives offertes aux stations de moyenne montagne face au changement climatique sont désormais mises en doute (Cf. rapport J-C Loubier, univ. Genève, Dpt Géographie).
Le télésiège des Plagnes était l’alibi idéal. Les travaux entrepris ne visent qu’une chose : agrandir le domaine skiable. Un peu plus d’aménagements pour un peu moins d’espace vierge, le mal est chronique.
A l’heure où le doute pèse sur l’avenir de nombreuses stations, certaines prennent les devants vers la diversification et une adaptation « éco-compatible » de leur offre. Le collet d’Allevard décide « comme les grandes » de répondre par l’extension.
Si les travaux sont suspendus pour l’hiver, l’endettement de la commune laisse quant-à lui planer de sérieux doutes sur sa capacité réelle à poursuivre de telles ambitions. Aussi gageons que la communauté de communes, qui aura certainement un rôle-clé à jouer dans le dénouement de cette affaire, saura s’abstenir de « mettre la main à la pâte » et opter pour des soutiens plus avisés à des projets réellement porteurs d’avenir pour le Grésivaudan.
Non, décidément, le développement durable ne va pas encore de soi. Il reste pour beaucoup un chiffon noir qui « commence à bien faire ».